lundi 2 janvier 2017

ABDUCTION 'Une Ombre régit les Ombres'

2016 FINSTERIAN DEAD END - CD digipack


Voici une surprise comme celles sur lesquelles j'aime tomber. Car elle me fait mentir. Abduction, groupe de la région parisienne, nous délivre un black metal ultra raffiné, très structuré et travaillé. En tout point.
Après un court titre nommé 'l'horloge', tout en subtilité et tristesse, le second titre 'Naphtalia' débarque et marque de suite l'esprit. Certes une mélancolie s'en dégage mais les parties black pur et dur sont très efficaces, ravageuses. Et pose ce que l'on va retrouver tout au long des 6 titres, tous dépassant les 8 minutes (jusqu'à plus de 13 minutes...).
Commençons par le chant: outre le choix du français, le chant offre de nombreuses variations bienvenues, s'adaptant à la fois à l'ambiance et à l'atmosphère, tantôt très black, tantôt clair ou posé, parfois à la limite d'un chant proche du lyrisme. Le chanteur pose ainsi les fondements à chaque titre d'une identité propre, bien ancrée, très caractéristique, bien prenante.
Musicalement, le programme est dense. Outre l'aspect du temps des titres, permettant au groupe de poser des morceaux sublimes de mélancolie, celui-ci est aussi exploité en tant que concept. A l'écoute, on comprend cet aspect difficilement explicable et transposable à l'écrit.
Les parties clairement black sont très rapides, très directes mais ne perdent pas de vu ce que dégagent les parties clairement mélancoliques, évoquant un champs de fleurs mortes un soir froid d'automne (ou tout autre chose dans le même genre). Rapides et assez brutales, mais sans partir dans une violence incontrôlée et qui ne serait pas à sa place au milieu des parties très calmes, très légères, dégageant cette ambiance propre à l'album. Voire parfois martiale dans les rythmiques.
Les autres parties sont très posées, toujours dans une idée de mélancolie, de malaise d'être ou bien à mi-chemin du black et de ces parties tout en subtilités. Certaines sont des transitions très réussies des deux aspects dominant, partant avec un chant clair sur une base nettement black qui s'affirment avant d'être du black pur jus. Et c'est là que l'on comprend pourquoi le groupe a fait des titres qui s'avèrent progressifs au final, tant ils renferment des recoins à explorer ou des passages nous emportant ailleurs.
Parfois, des breaks arrivent, très courts, renvoyant vers un chant plus liturgique, ancrant l'ambiance générale dans une période très sombre, celle de la grande peste (aspect renforcé par le travail sur l'artwork et les photos du livrets. Oui, c'est donc sombre, très nettement mais sans non plus tomber dans une quelque facilité. Le groupe a choisi la difficulté et gère son univers d'une main de maître.
Le temps, je l'évoquais plus haut, semble lié au concept de l'album. Ou peut être du groupe. Et c'est sans doute aussi un autre membre du groupe, tant la gestion du temps, que ce soit au niveau des structures musicales, de la construction et de son évocation (en sous entendu ou affirmé) dans les textes ou le contexte musical (toujours plus compréhensible lors de l'écoute, car abstrait à expliquer).
Aucun des cinq titres ne fait craindre, malgré la durée, un quelconque ennui ou une lassitude qui aurait pu être un piège. Le groupe réserve trop de branches à son arbre pour en faire le tour en quelques écoutes, laissant à l'auditeur découvrir de multiples facettes participant à l'essence de l'album. Cette approche peut sembler assez clinique, voire froide mais développe une certaine chaleur dans la musique, un attachement à des valeurs.
Le son est excellent, chaque instrument ou nuance ayant sa place et avec tout ça, on se retrouve avec une vraie perle de black metal, très raffiné. Pour les mélomanes et ceux qui recherchent un disque qui fera mentir leurs goûts.

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