samedi 28 janvier 2017

WILD MIGHTY FREAKS 'Gun's cookies'

Wild Mighty Freak 2016 - Ellie promotion - CD Digipack


Honnêtement, lorsque j'ai déballé le disque du groupe, avec les infos presse, j'ai été quelque peu dubitatif. N'étant pas vraiment amateur de hip-hop ni de trucs genre nu metal, j'ai marqué une grande hésitation et une certaine réticence à écouter le disque des jeunes parisien, formé en 2015.
Alors, par courage (mais surtout par respect que l'on m'a envoyé le disque), je l'ai mis dans le mange-disques de ma voiture en partant au boulot (oui, j'ai un mange-disques moi. C'est une option rare mais qu'elle est bien).
Alors, pour la première fois, je vais décortiquer un peu le disque par titre, car celui-ci, bien que de 6 titres pour une demi-heure, du fait du mélange sus-mentionné plus haut en deux fois. Ce qui est sur, c'est que le groupe utilise moult éléments hip-hop mais sans abus (vocoder et autre). L'imagerie du groupe est aussi interesante, renvoyant au hip-hop, avec des éléments qui disent 'Gars, crois pas que ça va être simple!'. Et c'est pas faux. Car le groupe prend le temps de développer ses titres.

THE LAST TIME ouvre le bal, avec ses riffs de guitare presque typés hardcore, sur une rythmique et un chant bien hip-hop. Et en moins d'une minute trente, le groupe m'a capté (ce qui était loin d'être le cas). Certes il y a un chant hip-hop, lié à un rythme lié au style. Mais rapidement, le groupe dévoile des subtilités et une approche très riche, aussi bien par le chant, qui ne se cantonne pas qu'au hip-hop mais peut être clair ou plus agressif, suivant alors des parties pouvant se rapprocher du hardcore. Mes références du genre étant limité, je rapprocherais ce mélange de Crazy Town (oubliez Limp Bizkit sans intérêt...) mais en plus accrocheurs car offrant plus de reliefs et d'approches dans leurs morceaux. Celui-ci est très catchy et m'a collé la banane d'un coup, dégageant un certain positivisme. Les parties typées métal sont très accrocheuses, parfois à la limite du hardcore mais tout en restant sur le fil, sans tomber dans la facilité.
FREAKS suit aussitôt, très hip-hop, les aspects métal étant plus en retrait. Le morceau est assez mélancolique, plus sombre mais sans être vraiment violent. Le groupe prend le temps de mener des éléments plus métal, en parcimonie, offrant un titre d'une grande richesse et touchant à l'émotionnelle, avec les riffs très subtiles et ce chant clair, tout en retenu, alternant avec celui clairement hip-hop. Le titre accroche justement avec cette retenu et la mélodie derrière. Les parties batteries, quand a elle, offre des sonorités tout aussi recherchées, pour ne pas détruire la trame que créent le chant et la mélodie. Efficace dans son genre.
EMPTY SKIES et son ouverture à la guitare sans distorsion, couplé au chant de base nous mène tranquillement vers le cœur du titre, mêlant retenue et une certaine tristesse, tout en dégageant par le chant hip-hop une énergie qui se dégage vers cette retenue très subtile. Et tout cela, dans le but d'amener une certaine colère contenu que l'on ressent dans la fin du titre où les éléments metal dominent mais sans noyer le reste dans un quelconque déluge de violence, qui ne serait pas du tout bien à propos.
HIGH est plus une sorte de poésie hip-hop posée sur un piano où ce qui est le plus important est le chant, par lequel Crazy Joe prouve clairement (si ce n'est pas déjà fait depuis le premier titre) un vrai talent, capable d'évoluer dans un même registre tout en émotion. Certainement le titre le plus contenu et posé, une sorte de pause très aérienne avant le titre suivant, mais aussi le titre le plus mélancolique que le groupe développe.
JUNGLE. Là, on a un titre où domine encore le hip-hop mais avec un mélange plus marqué avec le metal. Le titre prend le temps de poser les choses, amenant tranquillement l'auditeur, lors d'une longue montée en puissance (par le chant qui devient dur, couplé à la guitare et à la montée de la rythmique vers une certaine colère, d'abord contenue, prenant le temps de poser un break avant d'affirmer cette colère (ou ce constat?) dans une forme musicale vraiment plus énergique et apportant une approche résolument théâtrale par des chœurs d'opéra, posant une vision assez baroque loin d'être désagréable.
GET OUT MY WAY est le dernier titre. Et celui-ci est nettement le plus metal, les deux courant se mélangeant, fusionnant (là, je peux remettre en parallèle avec Crazy Town, mais en plus efficace, avec des breaks évoquant le hardcore. Le chant est un festival: hip-hop, clair ou agressif, chaque aspect étant lié au titre, auquel Crazy Joe ajoute des chœurs avec un chant crié. Il s'agit du morceau le plus long (le second est 'Jungle'). Divers breaks parsèment le morceau, ouvrant des horizons variés mais en gardant une cohérence indéniable. On retrouve cette trame mélancolique et cette colère qui semble marquer l'album, toujours avec cette subtilité et ce refus de faire simple que le groupe marque depuis le début du disque. La dominante est assez sombre et très prenante, ce titre bouclant un ep très intéressant, sans tomber dans des travers ou de la facilité.
Et pour moi, c'est clairement une découverte, le groupe gérant bien les deux univers musicaux, offrant un disque très intéressant, même si pour certains, une ouverture d'esprit doit être de rigueur. Mais perso, passer de courants radicaux à une oeuvre tout en subtilité comme celle-ci est vraiment une première, surtout que les gars font vraiment forts. Chapeau!

jeudi 26 janvier 2017

OBSCURA 'Akroasis'

2016 Relaspe records - CD


Dans la famille des groupes que je ne connais pas, je vous présente Obscura. Ça faisait un bout de temps que je lorgnais l'objet et d'un coup de folie, d'un seul, crac, je l'ai acquis. Ceci est le quatrième album des allemands de Munich. Vu la pochette et le logo, ça ne pouvait que taper dans le death. Et la mise en lecture de la galette magique ne fait que confirmer cela. Mais avec un bonus. Et pas des moindres.
Le groupe évolue dans son univers à lui, fait de réflexion philosophique et de l'espace (ce grand monde ouvert autour de la Terre. Musicalement, ça envoie pas mal le pâté, avec le kit complet. Mais leur death s'avère progressif et part parfois dans un registre bien au-delà du death, nous emmenant parfois dans un paysage spatial onirique. Et le premier titre annonce bien la couleur avec son introduction qui sera un des éléments primordiaux aux nombreux décrochages ponctuant l'oeuvre, principalement ces fameux passages relevant de l'onirisme.
La base est donc un death progressif, technique, avec des fulgurances bien senties, associés à un chant death à la voix gutturale parfois assez désincarnée. Et c'est une bonne chose d'avoir cette base qui lie l'ensemble, parce que le tout est dense. Très dense.
Et cette densité n'est pas gênante du tout, le groupe nous menant dans des contrées que seuls eux semblent explorés. Et ça se retrouve de part des sonorités, des effets vocaux, des breaks ou des lignes de guitares à 100000 lieues du registre musical de base. Et par moment, le groupe y va franco de port, en compilant ce qui rend leur death si particuliers, comme en usant de 3 chants différents simultanément: voix death, chant au vocoder et chant plus clair.
Et ça marche à chaque fois. Le groupe réussit son coup, créant une véritable atmosphère très prenante, nous laissant voir cet univers que les gars se créent depuis leur début.
La densité se retrouve aussi dans les structures: parfois, ça va très vite, en ayant des lignes assez aériennes mais quand il faut devenir résolument brutal, le groupe n'a pas à rougir. Maîtrisant le death de fort bonne manière, le groupe distille son savoir sans nous faire décrocher, bien au contraire, avec cette approche vraiment très alambiquée parfois.
Du coup, je me dis que ça valait bien l'achat de la rondelle!

lundi 23 janvier 2017

PROCHAINE INTERVIEW LUPIENNE

Le 11 Février précisément...


Nous en saurons plus sur un groupe qui mérite de se faire connaître de façon plus honorable : My Secret Safe
Le 11 février, je me rendrai dans un magasin montpelliérain qui est spécialisé dans le domaine de la musique : Music34. J'y consacrerai une interview au bassiste du groupe : Roch !

Roch, prochaine cible du loup de Margoth


Il nous parlera de sa passion, de son groupe et bien évidemment du magasin Music34 dans lequel il est l'un des employés ! SEE YOU SOON !

Lupiennement vôtre,

T H O R W A L D

mardi 10 janvier 2017

BORN FROM LIE 'The promised land'

2016 BRENNUS MUSIC - CD


Tout jeune groupe parisien formé en 2014 (et oui, tout tout jeune!), le groupe balance à nos oreilles sa deuxième offrande, avec un album assez dense par son approche et son contenu. Mais aussi la vision de la musique vu par le groupe.
Cela se traduit par 10 titres, scindés en deux parties d'égale durée en titres par un court interlude. dès que l'on a mis la touche play/lecture/vas-y Suzette en fonction, la musique se déploie et au début, ça m'a quelque peu déstabilisé, avec un rock assez loin de ce que j'écoute, un rock assez consensuel à mon avis. Et ça pourrait être une faiblesse (j'eus crains un album qui m'aurait fait reculer) mais en fait non. Car très vite apparaissent des éléments bien plus typés metal et place le groupe à mi-chemin entre un rock de bonne facture relativement sage et un metal qui dans ses terminaisons s'avère assez énervé et sombre. J'y reviens plus loin.
Un des aspects qui saute aux oreilles, c'est l'ajout de sonorités bienvenues: le violon (assez courant) et le saz (Ha! quoi qu'est-ce te dis-tu? Une bière (Ha non, c'est la saaz...)? Ben c'est une sorte de luth...), apportant une certaine touche assez sombre (doublé d'ambiances plus arabisantes avec le saz, faisant un peu pensé à Orphaned land). Car oui, cet album est plutôt sombre, malgré le chant qui peut paraître tranquille et positif. D'ailleurs, cet aspect sombre se voit dès la pochette, me demandant si il n'y a pas un fil conducteur sur la chose. Car il est clair que c'est loin d'être joyeux, l'exode et la migration semblant être le thème autour duquel ça tourne (sauf erreur de ma part).
La voix au début m'a un peu déconcerté aussi. Mais là, il y a des aspects qui m'ont accroché dans le chant, me faisant penser dans la façon de chanter au groupe Inepsys, élément revenant plusieurs fois. Et c'est aussi dans la facture des morceaux que je pense à Inepsys, certains passages rappelant un peu du progressif. Et c'est le point fort de BFL, ce brassage qui densifie sa musique avec un apport judicieux. Sans compter que le chant clair est parfois en opposition avec des vocaux très agressifs.
L'aspect rock est aussi bien dans le chant que les morceaux mais parfois, le groupe embraye et part plus dans un coté sombre du metal. Déjà par le chant, parfois agressif, proche d'un chant hurlé, collant parfaitement à ce coté sombre et douloureux qui se dégage de l'album, lorsqu'il n'est pas plaintif soudainement, au détour d'une ligne de chant clair. Et lorsque cela arrive, les sonorités changent clairement, passant à une forme de metal assez rugueux et agressif, au rythme nettement plus soutenu que le reste de l'album. Et qui fait penser à du post metal. Et ce contraste mélancolie/violence contenu fait mouche, car utilisé de façon judicieuse, sans jamais tomber dans l'outrance.
Le coté metal se retrouve aussi a travers les structures de l'album, au détour des parties plus calmes, très rock, offrant un contraste assez intéressant entre les deux formes. Alors oui, on est loin des groupes comme Benümb, très très très très très énervés. Mais c'est bien là une autre force de BFL, conjuguant ce contraste avec sa vision assez sombre sur l'album, sans non plus renier le rock qu'ils transpire. Le groupe délivre ainsi un album très riche mais assez mature, tapant là où on ne s'y attendrait pas, nous prenant à contresens mais sans que cela soit choquant car en fait, cela sert à offrir un moyen d'appréhender l'univers de l'album, loin d'être festif quand on s'y penche dessus. Et qui n'a rien d'un album bancal. Loin de là même, une logique se dégageant nettement de l'oeuvre sur la rondelle.
Une bonne découverte provoquant chez moi un désappointement au début, rapidement balayer par les multiples aspects de la bête et l'atmosphère qui se dégage. Et qui demande plusieurs écoutes pour capter toutes les subtilités.

FERAL, RESTOS HUMANOS et HAEMOPHAGUS

Le 8 janvier 2017, au Kjbi, Le Crès.

Pour démarrer la nouvelle année de bonne humeur, le Kjbi a mis le paquet ce dimanche soir. Une soirée grind/grind death des plus efficaces. Alors, je n'ai point de photos, hélas (faudra vraiment que j'en prenne la prochaine fois, car la salle rend l'ambiance conviviale...). Alors, pour une fois, je ne vais pas faire dans l'ordre chronologique mais plutôt dans l'ordre du déchaînement de violence.
Donc, ce soir là, il y avait trois groupes. Tout cela à attirer une petite vingtaines de furieux, hors groupes et accompagnants de groupes. Commençons par FERAL, groupe local œuvrant dans un grind teinté de crust de bonne facture.
Ouvrant les hostilités, le groupe a lâche sans prévenir une colère et son chanteur, adepte, comme Barney de Napalm Death, du marathon sur scène. Les titres envoient clairement la sauce et la saucière, l'aspect crust se retrouvant surtout dans le chant (avec des textes surement engagés) et quelques breaks, où surnage une ombre de hardcore parfois. Le souci, c'est malheureusement la voix qui se retrouve sous mixé par rapport aux instruments. Néanmoins, le set est carré, énergique. Le bassiste se démène comme un furieux, faisant lui aussi du sport avec ses cervicales. J'ai trouvé ça très sympathique. Les titres sont relativement concis, allant assez à l'essentiel. le chanteur Rodolphe se démène comme un beau diable, donnant une dynamique à la salle et aux groupe. Mais je déplore l'absence d'échange avec ceux qui se sont déplacés, le chanteur lançant un 'On ne parle pas' au bassite qui a juste le malheur de dire 'C'est le dernier titre'. Heureusement que Max du Kjbi a présenté le groupe avant...
Le second en terme de violence est le groupe qui était la tête d'affiche, à savoir HAEMOPHAGUS. Possédant la première démo du combo, celle de 2005, je connaissais un peu, en plus d'avoir pu entendre des titres ici et là sur des compilations ou autre. Les italiens ne font pas dans le détail et balance un gros death aux accélérations grind assez dévastatrices. Le chant est très guttural et ne fait pas dans le détail. Le groupe fait vraiment réagir la salle, même si leur passage après RESTOS HUMANOS parait plus calme. Qu'importe, ils sont nettement remontés mais avec une bonne ambiance sur scène. On sent les gars content d'être là et fiers de présenter leur musique. La violence et la folie ne sont pas loin sur scène et ce n'est pas un souci d'ampli qui a rendu l'âme au début du set qui a entamé leur hargne. Très sympathique. Tous assurent sévère!
Mais la palme de la violence revient sans conteste au second groupe RESTOS HUMANOS. Le trio, oscillant entre Italie et Colombie, n'a pas fait de quartier. A peine commencé et c'est le bordel devant la scène. Le groupe évolue clairement dans un registre brutal death grind, lorgnant surtout vers le grind. La plupart des titres sont concis, ne dépassant pas 3 minutes. C'est très intense, très extrême et l'énergie que le groupe déverse dans la salle provoque une hystérie assez globale. Bien que le groupe soit assez jeune (formation en 2013), ils assurent sévère avec un set vraiment intense. Aucune idée de la durée du set, car celui-ci est fulgurant, sans laisser la place à un quelque risque d'ennui. le chanteur échange beaucoup, du moins communique beaucoup (vu que je ne pipe pas un traître mot d'italien...) et tout ça mis bout à bout fait très mal. Le groupe tient la salle et la met à genoux. Grosse découverte pour moi et clairement ma préférence de la soirée!
Et tout ça m'a fait une bonne soirée bien cool!

INTERVIEW DE MEZCLA

Après une grosse claque bien forte dans la gueule à l'écoute de l’excellent "Metalmorfosis" de Mezcla et une forte envie d'en savoir un peu plus et d'éclaircir des mystères peut-être mystiques, je me suis dit 'Tiens, si on se collait à interviewer le groupe?'. Transmission au boss de Music Records et hop, la voici, toute fraîche, rien que pour vous. Alexis, accompagné de Guillaume, Thibaud et Geoffroy ont courageusement affronté mes questions et apporté lumière et compréhension (hum... ça fait secte ça, non?). Ce soir, brûlez un cierge ou sifflez une bière à leur honneur! - Benoit



  1. Bonjour à vous ! Comment ça va ? Bien et tout ? Bon, on va commencer par la traditionnelle présentation du groupe : qui, quand, où, pourquoi, avec qui, chez qui… Genre en concentré encyclopédique.

Alexis : Le projet est né de la rencontre entre Geoffroy Garraut (guitare) et moi-même, Alexis Munoz (chant/guitare), en 2003. Nous souhaitions principalement faire des compositions dans un registre death metal métissé avec du flamenco et beaucoup de mélodies. Des ennuis de line-up ont entravé l'évolution du projet pendant plusieurs années au cours desquelles bassistes et batteurs se sont succédés, pour enfin trouver un équilibre en 2008. Il en découle un premier 4 titres intitulé « Hermanos de Sangre ». En 2011, sortie de « Salir sin Pagar », un premier album suivit de nombreux concerts. 2012 connaît un changement complet de la section rythmique avec l’arrivée de Guillaume Poyet à la basse, et Thibaud Fernel à la batterie ; puis la sortie d'un album acoustique en 2014. Ce disque nous permet d'affirmer très clairement nos influences hispaniques. Enfin un nouvel album de death metal intitulé « Metalmorfosis » sort fin 2016, chez notre label Music Records.

2- Pourquoi avoir choisi ce nom ? La signification du mot (mélange, en français) fait quand même peu metal comme nom. Ne serait-ce pas aussi un choix de par la prononciation du mot qui le fait ? Ou est-ce simplement pour faire simple et se démarquer des autres noms ?

Alexis : Ta question contient une bonne partie des réponses. Le mot "mezcla" se prononce effectivement facilement dans tous les pays et il est court et se termine par une sonorité ouverte. Par ailleurs il n'a pas de connotation stylistique ce qui nous permet de pouvoir intégrer les influences que nous souhaitons sans en avoir de scrupule.

3- Tiens, d’ailleurs, comment est venue cette idée de mixé flamenco et death ? Une envie de pouvoir vous torturer les doigts tout en offrant une approche peu usitée (ça claque comme phrase, hein!) dans le genre ?

Alexis: Bien inspiré ! Ca claque plutôt bien ta formule. Cependant, cette envie de mélange est venue tout à fait naturellement car je suis à l'origine du projet et l'Espagne est le pays natal de ma mère. Par conséquent, je maîtrise assez bien la langue castillane et j'ai étudié le flamenco pendant plusieurs années.

4- A ma connaissance, le seul autre groupe qui ose un mélange musique hispanique et death brutal, c’est Impureza. Est-ce aussi une sorte d’hommage au groupe (sous un angle très particulier), une façon de leur dire ‘Hé mecs, vous n’êtes plus seuls !’ ou non, pas du tout, erreur de ma part ? En plus, c’est assez couillon, je ne pipe pas un mot d’espagnol...

Alexis: Non, absolument pas. Impureza ne nous a jamais influencé d'aucune façon. Ce n'est qu'après un de nos concerts en 2009 que j'ai appris leur existence en parlant avec quelqu’un.

Thibaud : C’est marrant on est rentré en contact il y a quelques temps, en fait les deux formations se sont formées à peu près au même moment mais ils ont décollés plus vite que nous. Donc coïncidence pour le style, après le mélange metal/flamenco est tellement intéressant que c’est pas étonnant qu’au moins deux groupes s’y soient penchés. J’adore ce qu’ils font, c’est plus brutal que Mezcla et le mélange metal/flamenco est peut-être plus évident à l’oreille chez eux, mais pour l’instant on a fait le choix de plus s’en servir comme d’une teinte et pas comme une véritable fusion.

5- Comment faites-vous pour construire les morceaux, le flamenco et le death étant fort éloignés l’un de l’autre. Existe-t-il des liens totalement insoupçonnés du commun des mortels ? Le flamenco ne véhiculerait-il pas des idées ou des atmosphères pas si différentes que ça du death ?

Alexis: Le flamenco et le death paraissent effectivement très éloignés. Il y a néanmoins certains points communs entre les deux: la violence, la mélancolie et des voix qui vont du lyrisme le plus éloquent jusqu'aux registres les plus sauvages et gutturaux que l'on puisse imaginer.

6- D’ailleurs, pouvez-vous expliquer un peu plus ce qu’est le flamenco et ce qu’il apporte pour vous à votre musique (wouah, la question vache!!) ?

Alexis: Le flamenco a des origines très lointaines pourtant le style actuel n’existe que depuis a peu près 150 ans. Avec les différentes évolutions qu’il a connues, et notamment dans les années 70 avec des artistes comme Paco de Lucia et bien d'autres, on peut presque qualifier le flamenco de musique actuelle malgré ses racines traditionnelles. Il vient d'ailleurs d'un mélange complexe qui intègre des influences arabes et juives. L'apport de cette influence dans Mezcla se ressent dans le choix des gammes utilisées (le phrygien majeur ou mineur par exemple) et il nous donne une identité qui nous est propre. Notre album « ¿La Victoria de la Vida ? » le prouve d'ailleurs de façon incontestable.

7- Votre album et entièrement chanté en espagnol (sauf un titre sur lequel je vais revenir). Pourquoi ce choix, fort inhabituel dans nos contrées (parce que oui, ami(e) lecteur(rice), passé les Pyrénées, il y a moult groupes chantant en espagnol dans des registres vigoureux : Entrophobia, Violent headhache, Absemia et bien d’autres…). Est-ce plus facile pour Alexis de pouvoir s’exprimer sans se mettre de contraintes ?

Alexis: L'espagnol est ma langue maternelle et c'est également celle du concept du groupe. En plus, comme tu l'as dit, il y a peu de formations qui chantent dans cette langue dans nos contrées.



8- En plein milieu de l’album, il y a Entomofobia. Un morceau complètement à part, qui nous emmène ailleurs, et trop court à mon avis. Quelle est son origine et pourquoi faire si court, alors que l’on sent qu’il y a derrière tout un monde ? Cette frustration est-elle volontaire ? Ne seriez-vous donc qu’une bande de petits canailloux (la question Darry Cowl…) ?

Alexis: Le titre dont tu parles est un interlude, il est donc volontairement court et conçu comme un petit labyrinthe qui mène à la deuxième partie de l'album. Trois artistes étrangers à Mezcla y ont participé et je tiens à leur rendre hommage. Il s'agit de Catalina Jimenez (chanteuse de flamenco), Elise Gendraud (chanteuse lyrique) et de Sébastien Beau (clavieriste/arrangeur officiant avec Thibaud dans le groupe Truth About Elmore).

Thibaud : En fait je crois que c’était assez naturel pour nous de finir là le morceau. On a dans la tête pas mal d’interlude de ce genre qui parsèment nos albums de death préférés, qui sont courts aussi mais remplissent bien leur objectif d’aérer à un moment où on ne s’y attend pas forcément. Si le titre dure trop, on peut perdre un peu de cohérence sur l’ensemble de l’album pour moi. Donc oui, nous sommes une bande de petits canailloux.

9 – On va évoquer le ou les thèmes abordés dans l’album. On sent bien que, contrairement au nom, là on est en plein dans un ou des domaines qui sont propres au metal. Le titre L’usurpateur, le seul chanté en français (tiens, pourquoi ? Quel étrange mystère derrière?) évoque clairement le monde des sodomites de la finance et des ‘puissants’. Et du coup, j’en viens à me demander s’il n’y aurait finalement pas un fil rouge derrière tout ça et une critique assez acerbe de notre société ?

Alexis: « L’Usurpateur » m'est d'abord venu en français et j'avais particulièrement envie qu'il soit compris par les autochtones. En outre les premiers textes de Mezcla avaient été écrits en français mais sans jamais avoir été enregistrés, à part sur des démos. Je suis plutôt content d'avoir retenté le coup sur cet album car cela à l'air de faire plaisir à beaucoup de nos auditeurs.

Guillaume : La fin de ta question est assez intéressante car même pour nous, l’interprétation reste libre. Personnellement j'y vois un fil rouge et un moyen d'exprimer mon ressenti vis-à-vis du fonctionnement de notre société, de ses aberrations et incohérences. Nous ne voulons cependant pas être des donneurs de leçons, il faut plutôt voir cela comme un constat.

10- Finalement, ne seriez-vous pas une espèce d’entité musicale protéiforme ? Une sorte d’évolution musicale identitaire ?

Alexis: Protéiforme, je l'espère. Je l'ai dit précédemment, si notre groupe porte ce nom c'est bel et bien pour rester ouverts à toute les influences même si les principales, pour l'instant, sont le metal et le flamenco.

Thibaud : C’est important d’avoir une identité de groupe un peu à part, un truc qui fait qu’on sonne un tant soit peu différent d’un autre surtout vu le nombre de groupes qu’il y a.

11- Plus individuellement, quels sont les goûts musicaux de chacun d’entre vous ? Détenez-vous des choses surprenantes secrètes (mais point honteuses, on n’est pas un blog people, non mais ho, quoi!) que vous allez joyeusement déballer ici ?

Alexis: Pour ma part, j'ai de moins en moins de tabous d'un point de vue musical. J'adore les morceaux qui me transportent et il y en a dans tous les styles. J'ai par exemple, dans mes favoris YouTube, une chanson intitulé « Eye in the Sky » interprétée par la chanteuse Noa et j'adore l'écouter régulièrement car elle me ressource. Particulièrement la version live.

Geoffroy : J’écoute toutes sortes de musiques (blues, country, rock, pop, world) en plus du metal, évidemment. J’aime tout particulièrement les groupes Depeche mode, Creedence Clearwater Revival, Muse, Peter Gabriel, Yes, et j’apprécie de plus en plus les groupes où les artistes épurent leur musique au maximum, comme Brigitte ou Camille, ou la fusionnent habilement comme Ibrahim Maalouf. Mais ne vous y trompez pas je suis un fan inconditionnel d’Iron Maiden, Megadeth, Death , Arch Enemy et Metallica première génération!

Guillaume : Le thrash et le death sont mes styles favoris mais j'écoute également beaucoup d'heavy, prog, stoner etc. Dans des esthétiques complètement différentes je suis un grand fan de funk, dub et de synthwave, cela permet me de varier un peu les ambiances et de trouver de nouvelles idées de compositions.

Thibaud : Je suis plutôt branché death metal à la base, mais amateur également de rock progressif (King Crimson, Yes, Genesis, Rush, Gentle Giant…), un peu de jazz aussi (Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock…).

12- Tiens d’ailleurs, puisque l’on parle de goûts musicaux mais qu’il n’y a pas que ça, quels sont-ils en littérature et cinéma ? Ont-ils un lien, un impact sur votre musique ou du tout, car l’un de vous a des goûts très pointus, notamment l’œuvre de Ján Kadár, illustre réalisateur tchèque des années 60 ?

Geoffroy : Je suis fan de bandes dessinées, de comics Us, de mangas. En fait, j’aime la S.F., l’heroic-fantasy et les super héros. Je lis aussi Dan Brown, J.R.R.Tolkien, Frank Herbert, Ira Levin. En ce qui concerne le cinéma, j’adore les « blockbusters » de bonnes facture mais je vais aussi voir des comédies, des films d’aventure, des drames, je penses notamment à « le dernier loup » de Jean Jacques Annaud mais aussi des documentaires comme le film « les Saisons ».

Thibaud : J’adore la science-fiction et le fantastique, mais je suis pas certains que ça ai une influence quelconque sur la musique de Mezcla.

Guillaume : J'aime beaucoup la filmographie de Gaspard Noé, Kubrick ou alors les films de Dupontel, même si cela ne m'impacte pas vraiment dans ma façon de jouer. Je suis également féru d'Heroic Fantasy, regarde beaucoup de séries et aime passer du temps à lire les comics de la bibliothèque de Geoffroy.

13- a) Hahahahaha ! Vous vous demandez qui est ce type ?

Thibaud : Inconnu au bataillon, mais merci de la découverte !

13- b) Que pensent vos proches de Mezcla ? Sont-ils des fans de premier ordre ou vous observent-ils depuis l’autre bout des pièces, d’un regard inquisiteur qui fait craindre un usage de substances pas très légales en masse ou d’une terreur pure ?

Geoffroy : Ils nous soutiennent énormément, mais ils font aussi preuve d’esprit critique, et tout cela participe au fait que nous soyons en continuelle progression.

Thibaud : En général ils préfèrent le set acoustique, ça « gueule » moins ! Non malgré tout ils nous soutiennent à longueurs de journées avec notre musique de tarés, et rien que pour ça je les admire.

Guillaume : C'est vrai que le set acoustique a tendance à être préféré pour les raisons données par Thibaud mais la version metal plaît beaucoup également, on a la chance d'être bien soutenu par nos amis et famille. C'est très important pour nous.

13- c) Gérez-vous facilement le stress des complaintes des pauvres hères qui pullulent aux feux tricolores ?

Geoffroy : Oui, oui sans problème ! (rire)

Thibaud : Joker.

14- Comment faites-vous pour l’aspect live avec une telle musique ? Avez-vous recours aux samples ou non, ho, hé, z’êtes des warriors et vous kiffez la difficulté ?!

Thibaud : Pas de samples en live, du moins pour l’instant. On a réarrangé un peu les parties qui en avaient besoin, après ça pourrait être intéressant quand même à l’avenir d’avoir les guitares acoustiques sur scène ou samplés.

Guillaume : On a essayé de faire en sorte que l'album puisse être intégralement restitué sur scène sans sample, nous permettant de le jouer dans n'importe quelle condition et de ne pas avoir à sacrifier certaines parties. On est des warriors !

15- Quels sont les futurs projets de Mezcla ? Des tournées de prévues ?

Guillaume : Pour l’instant l’objectif est de promouvoir le plus possible le nouvel album en live. On vient de signer depuis peu de signer avec Music-Records, qui s’occupent entre autre de notre booking, donc bientôt de nouvelles dates et peut-être des tournées à la clé ! Nous allons également nous remettre à composer de nouveaux morceaux lorsque le bon moment sera venu.

16- Concilier vie privée – vie professionnelle – Mezcla doit demander quand même une sacré organisation. Est-ce une bataille de tous les instants (un peu comme les batailles d’un des films « Le Seigneur des Anneaux ») ou non, c’est plus cool, chacun décide en discutant (mais seul le plus fort l’emporte, un peu comme avec Hulk) car il n’y a pas vraiment de leader (mais quand même, y’en a un qui clôt le débat) ?

Alexis: Concilier la vie privée et la musique implique des choix parfois délicats. Mais à part pour ma santé, c'est la musique qui a la priorité sur tout autre élément. Je crois que sur ce sujet personne d'entre nous quatre ne clôt le débat, nous voulons jouer le plus possible avec la seule condition que cela se fasse dans des modalités respectueuses.

Geoffroy : Il faut effectivement une énorme organisation, d’une part pour concilier les emplois du temps de tous le monde, et d’autre part pour faire face aux imprévus !

Thibaud : C’est pas toujours simple de s’organiser mais on s’en sort pas trop mal je crois. Il y a quelques débats un peu longs parfois, en général ça se clôt simplement quand on a plus le temps de discuter sur le sujet, et on suit celui qui a l’idée la plus censée !

Guillaume : Notre activité professionnelle et parcours scolaires tournent principalement autour de la musique nous permettent de nous organiser « plus facilement » même s'il faut parfois faire quelques sacrifices, mais bon c'est le quotidien de tout groupe au final.
En général lorsqu'un débat futile tourne trop longtemps, Thibaud lance le décompte du prochain morceau et on le clôt immédiatement pour ne pas perdre de temps et se remettre à jouer.

17- Merci à vous d’avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions. Le dernier mot est à vous !

Tous : Nous te remercions beaucoup pour ta chronique et pour le temps que tu nous as accordé sur cette interview, il est très important d'avoir des moyens comme celui-ci pour permettre aux groupes de s'exprimer ! A bientôt, peut-être sur un concert ?


Contact: facebook, www.mezcla.fr

mardi 3 janvier 2017

Parlez un peu de vous!

Prenons le temps de se poser pour savoir qui tu es, toi qui viens échoir sur le blog. Qui es-tu? D'où viens-tu? Et puis tiens, qu'aimes-tu (goûts et sur le blog)? Qu'aimerais-tu voir? Aimes-tu les pizzas? Comment en es-tu arrivé à être ici?
Histoire de voir un peu ceux et celles qui foulent les méandres du blog et de pouvoir se faire une idée concrète parce que les stats sont très abstraites et anonymes...
Merci de pendre le temps, à l'occasion.

RAVENCULT 'Force of profanation'

2016 Metal Blade Records - CD


Ravencult est un groupe grec formé en 2001 et entièrement dévoué au black metal, dans sa forme la plus simple (mais pas basique...). Troisième album des athèniens, le combo continue dans sa voie thématique qui s'avère assez simplement dense à explorer: le bon vieux satanisme. Youpi c'est la fête.
En 8 titres pour un peu plus d'une demi-heure, le groupe crache sa haine du charpentier et de ses potes, ainsi que son venin, au travers d'un black sans fioriture et assez rapide. Voilà pour faire simple (oui, c'est le challenge du jour: caser au moins 15 fois le mot simple).
De façon plus concrète, je suis ressorti de ma première écoute avec un 'Whouuah' pas volé et résultat d'une simple logique: sur une base black metal qu'elle est colère, le groupe y injecte un petit coté thrash dans le son, loin d'être dégueulasse, bien au contraire. Et ce dès le début. Contribuant, en captant l'attention dès les premières hostilités, à refermer le piège sur l'auditeur. Alors, comme je l'ai dit, c'est simple mais pas simplissime, le groupe jouant technique et rapide, avec une batterie sans poses. Point de break plus calme ici, là n'est pas le propos. On va dans l'efficace et le direct.
Le chant contribue aussi au piège et à ce coté thrash pas dégueux pour un sou. Le chant n'est point typé black mais plus entre black et crust, me faisant penser un peu au chant de Driller Killer ou Dellamorte.
Point de fioritures ici, le groupe fait des titres qui sont là pour déboîter et te marquer au fer rouge. L'ambiance qui se dégage de l'ensemble est assez malsaine et haineuse, tout simplement (vais-je réussir ce challenge? Pas simple...). Plus sérieusement, les titres, même si on peut tiquer en disant qu'ils ont une certaine ressemblance (la faute peut être aux parties batterie?) mais on en tient vraiment pas compte, pris dans la spirale de haine dégoulinante du disque, offrent quelques reliefs par une légère variation de rythme (sans aller vers du lent, trop simple sinon) et dans les lignes de guitares, vraiment massives, genre murailles en grès. Et se prendre sa dans la gueule, c'est très efficace!
Le résultat de tout ça est une forme de black qui serait à la croisée d'un black de première essence couplé de façon immonde et contre nature avec un thrash sale mais sans être vraiment du black thrash. Toujours sur un rythme soutenu, les 8 titres font quand même mal malgré tout ça. Le groupe développe une approche propre à lui, fusionnant cet aspect thrash assez old school à ce black s'avérant sans concession aucune.
L'album passe vite et malgré la certaine ressemblance entre les titres que l'on pourrait lui opposer, il n'y a pas de trace d'une quelconque ennui qui pointe. Et c'est là la force du groupe. Car on se laisse a laisser l'album repartir, pour en prendre encore plein la gueule ou les oreilles, c'est selon. C'est juste efficace et le groupe remplit le contrat.

lundi 2 janvier 2017

ABDUCTION 'Une Ombre régit les Ombres'

2016 FINSTERIAN DEAD END - CD digipack


Voici une surprise comme celles sur lesquelles j'aime tomber. Car elle me fait mentir. Abduction, groupe de la région parisienne, nous délivre un black metal ultra raffiné, très structuré et travaillé. En tout point.
Après un court titre nommé 'l'horloge', tout en subtilité et tristesse, le second titre 'Naphtalia' débarque et marque de suite l'esprit. Certes une mélancolie s'en dégage mais les parties black pur et dur sont très efficaces, ravageuses. Et pose ce que l'on va retrouver tout au long des 6 titres, tous dépassant les 8 minutes (jusqu'à plus de 13 minutes...).
Commençons par le chant: outre le choix du français, le chant offre de nombreuses variations bienvenues, s'adaptant à la fois à l'ambiance et à l'atmosphère, tantôt très black, tantôt clair ou posé, parfois à la limite d'un chant proche du lyrisme. Le chanteur pose ainsi les fondements à chaque titre d'une identité propre, bien ancrée, très caractéristique, bien prenante.
Musicalement, le programme est dense. Outre l'aspect du temps des titres, permettant au groupe de poser des morceaux sublimes de mélancolie, celui-ci est aussi exploité en tant que concept. A l'écoute, on comprend cet aspect difficilement explicable et transposable à l'écrit.
Les parties clairement black sont très rapides, très directes mais ne perdent pas de vu ce que dégagent les parties clairement mélancoliques, évoquant un champs de fleurs mortes un soir froid d'automne (ou tout autre chose dans le même genre). Rapides et assez brutales, mais sans partir dans une violence incontrôlée et qui ne serait pas à sa place au milieu des parties très calmes, très légères, dégageant cette ambiance propre à l'album. Voire parfois martiale dans les rythmiques.
Les autres parties sont très posées, toujours dans une idée de mélancolie, de malaise d'être ou bien à mi-chemin du black et de ces parties tout en subtilités. Certaines sont des transitions très réussies des deux aspects dominant, partant avec un chant clair sur une base nettement black qui s'affirment avant d'être du black pur jus. Et c'est là que l'on comprend pourquoi le groupe a fait des titres qui s'avèrent progressifs au final, tant ils renferment des recoins à explorer ou des passages nous emportant ailleurs.
Parfois, des breaks arrivent, très courts, renvoyant vers un chant plus liturgique, ancrant l'ambiance générale dans une période très sombre, celle de la grande peste (aspect renforcé par le travail sur l'artwork et les photos du livrets. Oui, c'est donc sombre, très nettement mais sans non plus tomber dans une quelque facilité. Le groupe a choisi la difficulté et gère son univers d'une main de maître.
Le temps, je l'évoquais plus haut, semble lié au concept de l'album. Ou peut être du groupe. Et c'est sans doute aussi un autre membre du groupe, tant la gestion du temps, que ce soit au niveau des structures musicales, de la construction et de son évocation (en sous entendu ou affirmé) dans les textes ou le contexte musical (toujours plus compréhensible lors de l'écoute, car abstrait à expliquer).
Aucun des cinq titres ne fait craindre, malgré la durée, un quelconque ennui ou une lassitude qui aurait pu être un piège. Le groupe réserve trop de branches à son arbre pour en faire le tour en quelques écoutes, laissant à l'auditeur découvrir de multiples facettes participant à l'essence de l'album. Cette approche peut sembler assez clinique, voire froide mais développe une certaine chaleur dans la musique, un attachement à des valeurs.
Le son est excellent, chaque instrument ou nuance ayant sa place et avec tout ça, on se retrouve avec une vraie perle de black metal, très raffiné. Pour les mélomanes et ceux qui recherchent un disque qui fera mentir leurs goûts.

DARKTHRONE IS DEAD

2015 PISSVILE RECORDS - CD


Je ne pouvais ne pas vous mettre la magnifique pochette de ce projet musical mariant noisecore et black metal, qui vient de je ne sais où mais de profond. Derrière, il est indiqué la présence de 57 titres. Vu la durée du bidule (5'20''), les titres sont soit ultra courts et concentrés, soit mensonges, il y en a moins. Je ne suis pas encore décidé de la solution.
Le son est ultra brouillé et laisse surnager un chant tantôt black, tant dégueulasse, ainsi que le son d'une batterie au loin. Conceptuellement, il est certain qu'au-delà du temps de la démo (?), tes oreilles devraient saigner. Est-ce un clin d'oeil aux sons des groupes de true raw evil haters black metal? Autre mystère auquel je n'ai point de réponse. Mais mes tympans ont souffert. Ça commence et ça finit abruptement, sans prévenir.
Kataplasm offre au moins l'avantage du son très correct, de l'idée et du fun. Ici non. On est plus face à un truc improbable, peut-être une régurgitation d'un étron de Satan. Je ne sais pas. Si quelqu'un sait... Ça ressemble à une très mauvaise blague...

KATAPLASM 'Maxxximized Centrifuse Blower'

2012 VISCERAL CIRCUITRY - CD

KATAPLASM est un projet extrême, à la croisée de nombreux univers musicaux. Derrière, on retrouve celui responsable de Glaukom Synod, le sympathique Gab. Ici, pour simplifier, on a affaire à de la noisecore/grind qui a un petit coté marrant: retrouver les groupes samplés dans les 88 titres représentant 10'40'' sur une seule piste.
C'est assez conceptuel dans l'idée: triturer des extraits de moult groupes undergrounds venant de tout horizons, sur des extraits courts, de l'ordre de 1 à 3 ou 4 secondes. Il est clair que cette façon d'appréhender la musique va en rebuter plus d'un. Alors, oui, c'est particulier mais c'est bien taré! Et original quand même. Et ça ne manque pas d'idées, les samples passant dans un mixer, distordus, ralentis ou accélérés et bien d'autres tortures imposés aux fragments de musiques. C'est brut, chaotique et labyrinthique au maximum!
Le tout dure assez peu de temps et ne rebutera pas les plus aventuriers. Là où c'est intéressant, c'est de se poser sur le coté création de la chose, celle-ci s'étant déroulé sur 4 jours, un beau mois de mai 2006.
Et ça donne cet objet improbable, du fin fond de l'underground, repoussant vos limites de l'extrême, le tout avec un son plus que correct, compte tenu de la voie choisi par Gab pour ce projet radicalement différent de Glaukom Synod. Pour les mordus, il est assez amusant de reconnaitre (ou tenter de reconnaître) des groupes ou des styles. Idéal pour un blind test de gros branleurs qui s'y connaissent mieux que les groupes eux-mêmes.